|
Intégration sous régionale : une commission pour la Cemac en 2008
20/03/2006 - Le Messager (Douala)
Elle viendra remplacer l'actuelle institution, incapable d'accélérer le renforcement économique et
monétaire dans cette zone.
C'est mercredi 15 mars dernier que les chefs d'Etat des six pays de la Communauté économique et
monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) se sont séparés à Bata en Guinée équatoriale, à l'issue de
leur 7e sommet ordinaire. Même si les travaux de cette rencontre ont été un tout petit peu perturbés
par les bruits d'une tentative de coup d'Etat au Tchad et le malaise du président Paul Biya, les
observateurs s'accordent à reconnaître que ce sommet a été celui d'un tournant décisif pour le moteur
de l'intégration sous régional qu'est la Cemac.
Selon le communiqué final ayant sanctionné les travaux, "Les chefs d'Etat ont décidé de créer sans
délai un comité stratégique chargé d'élaborer et de conduire un programme régional de réformes d'ici
mars 2008" Cette décision sonne comme un véritable aveu d'échec par rapport aux objectifs qui
étaient assignés à la Cemac à sa création en 1999. Un audit commandé au cabinet d'experts
Performances Management Consulting (Ecdpm) par le gouvernement équato guinéen sur le
diagnostic institutionnel, fonctionnel et organisationnel de la Cemac et dont Le Messager a pu
obtenir une copie a conclu que " le passage de l'Udeac à la Cemac ne s'est pas traduit par une
amélioration significative des modes de fonctionnement de la Cemac.
Le statu quo a prédominé dans de nombreux domaines " Entre autres entraves à la mise en place
d'une véritable institution d'intégration sous régional, l'audit évoque l'esprit communautaire peu
développé qui se traduit par une attitude marquée de suspicion et de défiance avec pour corollaire
une faible application des décisions communautaires, le non-respect du mécanisme de financement
mis en place, à savoir la taxe communautaire d'intégration dont les arriérés au mois de décembre
2005 s'élevaient à 32,8 milliards.
Ce non-respect des engagements financiers des Etats membres de la Cemac prive le Fonds de
Développement de la Communauté (Fodec) d'importantes ressources pour son fonctionnement. En
outre, l'audit note que la répartition des postes de responsabilité au sein des grandes institutions reste
figée et génère des frustrations diverses. Illustration Le Cameroun dirige depuis 39 ans le secrétariat
exécutif, le Gabon trône depuis 28 ans à la tête de la Beac, la Centrafrique est à la Bdeac depuis 31
ans.
L'organe juridictionnel de la Cemac se trouve entre les mains des autorités de N'Djamena.
Brazzaville et Malabo ne jouant que le rôle de porteurs d'eau. Les experts du cabinet Ecdpm
remarque aussi que, le poids politique des institutions communautaire demeure faible, la Cemac
fonctionnant toujours comme un " instrument de coopération intergouvernemental ". Il en est ainsi des juridictions qui ne disposent que d'un faible pouvoir de contrôle.
Commission de la Cemac
Face à ces entraves, il est impératif d'initier et de mettre en oeuvre un programme de réformes pour
permettre à l'institution communautaire de jouer son rôle de moteur d'intégration sous-régionale.
Deux axes majeurs de la réforme sont ainsi proposés par le cabinet Performances Management
Consulting. Il s'agit dans un premier temps d'un réaménagement institutionnel renforçant la
cohérence et le poids du dispositif communautaire et d'une répartition plus équilibrée des postes de
responsabilité au sein des grandes institutions.
Sur le premier point, il est recommandé aux dirigeants de la Cemac de renforcer les rôles et les
pouvoirs des instances communautaires par la transformation du secrétariat exécutif de la Cemac en
commission de la Cemac (cf. le modèle européen) et ce dès 2008. Il est prévu une phase de transition
de deux ans permettant de mettre en place le cadre propice au bon fonctionnement de la commission
(renforcement des capacités institutionnelles, clarification des compétences supranationales, mise en
place d'un budget suffisant et prévisible).
L'élaboration d'un agenda économique de la Cemac permettra aussi de renforcer la synergie des
instituions communautaires. Il y a aussi la transformation à l'orée 2008 des institutions spécialisées
en centre d'excellence régionaux, au financement autonome.
Dans le deuxième volet des réformes, la répartition équilibrée des postes de responsabilité au sein de
la Cemac suppose la nomination d'un commissaire par Etat membre dans la future commission, un
gouvernement de la Beac ou chaque pays nomme un représentant et enfin la généralisation
progressive des principes de concurrence et de rotation dans la nomination à tous les postes de
responsabilité.
En attendant que les chefs d'Etat membre de la communauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale prennent officiellement position par rapport à cet audit, l'on peut d'ores déjà penser que la
mise en oeuvre des mesures préconisées va à coup sûr rendre plus visible l'intégration sous-régionale
en Afrique centrale telle qu'elle l'est déjà dans la Cedeao.
By Léopold Chendjou
Copyright © 2006 Le Messager. All rights reserved. Distributed by AllAfrica Global Media
(allAfrica.com).
http://allafrica.com/stories/printable/200603200447.html
> Retour
|